On aurait tort de réduire Tonton Marcel à ce journaliste de division d’honneur qui arpente le rap de série Z avec pour seuls bagages ses questions complaisantes et sa caméra branlante. Gloire doit lui être rendue de s’être imposé sur la scène hexagonale sans faire la moindre concession à ses détracteurs. Si, si !

Le tonton du 91 dans ses œuvres.
C’est à un véritable exercice de style sans filets auquel se livre à chaque interview le plus célèbre reporter du ter-ter. L’œuvre de Tonton Marcel résonne comme une perpétuation lointaine des élans minimaliste de feu Dogma de Lars Von Triers, saupoudré d’un zeste de Pierre Woodman. Une sorte d’éloge permanent de l’amateurisme dans un monde médiatique engoncé dans une communication toujours plus pasteurisée.
Éternel caméscope à piles en mains, flow imparable à la syntaxe customisée
Officiant dans les confins du web, notre Sancho Panza du rap peut s’enorgueillir d’avoir accompagné les plus grands sur les routes qui mènent à leur quart d’heure de gloire digitale. Hier, Morsay ou Swagg Man, aujourd’hui, un sosie de Booba aussi douteux qu’un kebab au saucisson. Hermétique au qu’en dira-t-on, il poursuit ainsi sans relâche son autopsie du rap de France vue sous le prisme de sa sympathique candeur. Rarement invité, grâce à son souag de Monsieur Preskovic il est toujours fourré dans les bons coups.

Quand Gabin rencontre Tonton Marcel pour la première fois
Capable de sublimer un survêtement Truands de la Galère grâce à une paire de Nike Marty McFly achetée le matin même aux puces, Tonton Marcel s’est forgé au fil du temps une aura que bon nombre de ces rappeurs doivent secrètement lui envier. Personnifiant sa caméra, s’autorisant à parler de lui à la troisième personne, il transcende la relation intervieweur/interviewé, quitte à voler la vedette de ses visiteurs d’un soir. Et mine de rien, notre cuisinier à temps partiel a patiemment bâti un who’s who officieux de ces anonymes des studios. Preuve de son succès, ces derniers doivent désormais débourser deux billets de cent pour partager une séquence lunaire avec notre bicraveur de la pampa.
Cuir vachette arrimé sur les épaules et rire caverneux prêt à dégainer
Comme le disait Marshall McLuhan « le message, c’est le médium », et ici en l’occurrence le médium c’est Tonton. Cette mise en abyme involontaire relègue bien souvent le fond au second plan. Néanmoins, au milieu de cette avalanche de rhétorique en pointillés digne d’un freestyle au téléphone chez Fred de Sky, surgissent parfois de surprenants moments de grâce. Les questions étant rarement portées sur la musique, on parle en effet de tout avec Marcel : de l’annonce du lancement imminent de sa chaine de cuisine (« enfin dès que le caméraman sera rentré de vacances ») en passant par ces échanges déconcertants sur la géopolitique avec les capitaines Haddock de Cli-Cli.
Ainsi va Tonton Marcel, louvoyant à l’ombre du show business, arborant sans complexe toute la panoplie des t-shirts des différents crews du rap français, esquivant les moqueries et les peaux de bananes du milieu, restant fidèle à l’authenticité de sa démarche iconoclaste. Si en 2003, Booba a connu les honneurs de la Revue Française, dix ans plus tard il serait temps que le grand public prenne conscience de la singularité des fulgurances avant-gardistes du Ed Wood de la banlieue parisienne. « Ayayayaï ! »
[BONUS] UN PETIT BEST-OF DE TONTON MARCEL
Petit florilège de l’œuvre WTFuckesque du reporter gonzo de N-Da-Hood.
On connaissait Rohff et sa pelle, voici Zahef et son marteau. Pour ceux qui souhaitent se faire enfiler un clou dans l’arrière train, rendez-vous 44 rue Paul Bert au stand des Truands 2 de la Grammaire.
Rencontre avec le sosie officieux officiel de Booba. « Pour l’instant ils ont pas trouvé mieux que moi… Y’a que moi qui fait ça en fait. Les autres c’est du fake… Ils essaient d’imiter. » Tout est dit.
Tonton Marcel essaye pendant 4 minutes 42 de faire croire qu’il a claqué 2 400 euros chez Nike. Cela ne l’empêche pas de punchliné comme un Yoda sous GHB : « Vaut mieux devenir ami avec un jaloux que être ami avec quelqu’un qui est déjà ami de quelqu’un qui devient jaloux de vous ».
Là ce n’est pas le caméraman qui parle mais le cuisinier de métier : Tonton découpe un cochon en live (si, si!). Bizarrement les commentaires de cette vidéo ont été désactivés.
Ol Kainry ose clasher Tonton Marcel sur la prétendue piètre qualité de ses vidéos - et aussi sur sa coupe de cheveux (à 6’21). Pas rancunier ce dernier tente quand même de gratter une invit’ pour s’incruster en studio.
Aurélien
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