Avant que la cocaïne ne vienne à bout du talent d’Abel Ferrara, ce dernier a réalisé une poignée de métrages mémorables. Parmi eux, The King Of New York dans lequel il magnifie Christopher Walken, baron du trafic de la drogue en quête de rédemption. Aidée par un casting quatre étoiles, l’œuvre a depuis sa sortie acquis le statut de film culte.

Entre caviar et chlorhydrate de cocaïne
Innombrables sont les films de gangsters immortalisés par les rappeurs. Au rang de ceux-là The King Of New York est certainement l’un des moins connus, et l’un des plus sous-estimés. Certainement la faute à son insuccès lors de sa sortie en salle en 1990, relayé par des critiques désastreuses. Preuve de sa réputation flatteuse acquise avec le temps, quelques années plus tard, Christopher Wallace (Notorious BIG) s’affublait régulièrement du pseudo « The Black Frank White ». Un hommage appuyé au personnage principal.
I never killed anybody that didn’t deserve it - Franck White
Christopher Walken livre en effet ici une de ses meilleures performances. Et lorsque l’on sait ce dont il est capable lorsqu’il ne cachetonne pas, ce n’est pas peu dire. Son faciès unique exprime sans ambages les tourments qu’affronte son personnage, entre idéalisme benoît et cynisme meurtrier. Ce rôle inaugura le début de sa collaboration avec Abel Ferrara et son univers. Suivra notamment l’excellentissime The Funeral qui aurait tout autant mérité d’être chroniqué ici. Au casting on retrouve également un nombre impressionnant d’acteurs qui accompliront par la suite les carrières que l’on sait : Wesley Snipes, Steve Buscemi, Theresa Randle (Malcom X, Bad Boys…), Giancarlo Esposito (qui dirige Los Pollos Hermanos dans Breaking Bad), David Caruso (New York Police Blues) et Victor Argo (Ghost Dog, True Romance…).
Suite à cinq années passées sous les verrous Frank White affiche une détermination sans faille pour accomplir son œuvre. Œuvre qui commence par s’accaparer dans les plus brefs délais et par tous les moyens nécessaires, le monopole du crime organisé à New York, et notamment le trafic cocaïne. Pour ce faire il renoue avec son crew composé de jeunes Noirs issus des ghettos. Figure de proue du gang, Jimmy Jump (interprété par un svelte Laurence Fishburne) accompagne sa férocité d’une désinvolture swaggée qui en fait un personnage emblématique du genre.
There are some things I don’t do.
Ce mélange des mondes constitue une singularité en soi. Là où l’immense majorité des organisations criminelles sont régies selon des principes ethniques et familiaux. Sur cet aspect on ne peut s’empêcher de voir une décalque du réalisateur sur le premier rôle. Ferrara injecte également son goût du rap dans la BO avec Schoolly D, l’un des précurseurs du gangsta rap étiqueté NYC. Mais Franck White n’oscille pas seulement entre les différentes communautés pour écraser la concurrence. Le mélange sera aussi social. Son ascension et celle de son équipe passe aussi par les dorures de la haute société. Son argent sale lui ouvre les portes d’un monde feutré auquel à son désir appartenance n’a d’égal que le mépris qu’il lui affiche. L’immoralité change de forme pas de nature.
Car si la violence et le sexe sont présents à tout instant, le film et son personnage sont rongées par l’abysse du doute : fatalité de l’existence, responsabilité et légitimité des actes, prix de la rédemption… À contrario d’un Tony Montana ou d’un Tony Soprano qui ne conçoivent la vie que sous l’angle de la réussite positive, Franck White accepte à sa façon l’inéluctable poids de son destin. En dépit de ses velléités de (se ?) convaincre de n’être qu’un homme d’affaires, il comprend ce que lui réserve une vie d’épée. Et où le conduira le cercle de violence dans lequel lui et ses associés se sont enfermés.
I don’t need forever!
Costume croisé noir, limousine, une fille dévouée chaque bras, Franck White traverse l’existence, désabusé, une étincelle au fond de l’œil, implorant on ne sait quel dieu de lui accorder « encore un an». Car l’œuvre qu’il poursuit ne se résume pas uniquement à accumuler territoires et influence. S’il désire ardemment cette année c’est pour faire « quelque chose de bien avant de partir ». Dans les dîners mondains s’il se laisse aller à se voir comme le prochain maire de New York, en réalité il ambitionne de faire rénover un hôpital pour enfants, les seuls êtres qui n’ont pas subi les affres d’un monde gangrené à tous les étages par la corruption. Cet hôpital est pour lui sa porte des sortie, un solde de tout compte avant de quitter la vie terrestre. Pourtant les cadavres qui amoncèlent le laissent de marbre. Policiers, dealers, grossistes, aucuns des acteurs impliquées dans le trafic de drogue ne trouve grâce à ses yeux. Preuve à ses yeux de son sens de la morale. Le film se termine avec un Franck White esseulé, fatigué qui contemple un crucifix assis à l’arrière d’un taxi new-yorkais. Une manière pour Ferrara de présenter le catholicisme comme le remède pour panser les plaies de la vie ? Avec en bout de chemin la mort pour délivrance ?
Enfin comment conclure sans parler de New-York ? Filmée principalement de nuit, la Grosse Pomme constitue un personnage à part entière. La différence avec les nombreux films qui prennent ce postulat vient du fait que c’est le New York de l’esprit écorché de Ferrara qui est mis en scène. La photographie met magnifiquement en valeur l’opposition des différentes sphères sociales - le bleu nuit des bas-fonds contraste avec les couleurs chaude des ambiances de salon. New-York apparait ainsi tour à tour aseptisé, lugubre, flamboyant, désespéré… Les plans larges de la ville sont légions. Chacun renvoyant White à la vacuité des réponses qu’il tente d’apporter à ses choix de vie.
Nombreuses sont les répliques devenus cultes avec le temps : « My feelings are dead. I feel no remorse », « Bury him with his money » et bien-sur le percutant « Room service, motherfuckers!! ». Car qu’on se le dise The King Of New York reste avant tout un gangsta flick de la meilleure espèce.
______________________________________________________________________________________________________
Le taf t’a plu ? Lâche ton commentaire jeu fanatique ou clique sur J’aime si t’es paresseux ! - Article écrit par Aurélien7
Alors oui le film est un peu court, les gunfights ont vieilli, les invraisemblances se comptent à la pelle… Mais bon on s’en fout, même avec ça, le film reste un classique.