Scott Storch c’est l’histoire d’un surdoué du piano qui devient l’un des producteurs de Hip Hop les plus dominants des années 2000. Les montagnes de cocaïne et son train de vie somptuaire auront raison de sa carrière et le feront basculer dans une chute vertigineuse.

Scott Storch le Howard Hughes du rap ?
Entre 2002 et 2006, Scott Torch est au summum de sa gloire. Le monde du Hip Hop et du R&B se l’arrache. Sa domination est telle qu’il arrive que ses hits se chevauchent à la première place des charts. Pour s’adjoindre l’une de ses entêtantes boucles de piano inspirées de mélodies indiennes et moyennes orientales, il faut débourser une somme à six chiffres. Son talent musical est tel qu’on le dit capable de livrer en un quart d’heure un beat. En 2005, ce ne sont pas moins de 80 instrumentales qui seront facturées à des artistes tels que Jay-Z, Beyonce, Lil Wayne ou Justin Timberlake. Lorsque l’on sait qu’un producteur de son envergure s’adjuge en plus de ses frais 4 à 5% des profits de la chanson (gagnant bien souvent plus que l’artiste), on n’imagine à peine les sommes générées. Scott Storch aura ainsi accumulé durant cette courte période plus de 70 millions de dollars !
Une réussite étincelante pour ce rejeton des classes moyennes transformé en nabab. C’est sa mère Yolanda, une ex-chanteuse qui l’inscrit à des cours de piano afin qu’il ne pratique plus de sport. Scott se révèle rapidement un virtuose du clavier. Il donne ainsi ses premières représentations payantes à l’âge de 12 ans. À 16 ans il stoppe l’école pour se consacrer pleinement à sa carrière. Il rejoint son père à Philadelphie. Là-bas il participe à la création d’un quartet appelé les Square Roots. Le groupe deviendra par la suite The Roots. Scott Torch goutant peu à la vie de tournée abandonnera le groupe pour rejoindre l’équipe de Dr Dre en Californie. Véritable rat de studio, il peut rester plus de douze heures à enregistrer. C’est avec l’album 2001 et notamment la boucle du hit Still D.R.E, qui lui donne son entrée dans le cercle très fermé des super-producteurs. Conscient de son potentiel Storch décline les offres d’Aftermath, le label du Docteur pour retourner s’installer en Floride. C’est au pays de Scarface qu’il vivra son rêve américain jusqu’au paroxysme. Car si l’ascension a été foudroyante la déchéance n’en sera que plus funeste.
Le père de Scott, Phil Storch, était un flambeur. Parieur forcené et amateur de voitures de sport il dû se déclarer en faillite pour rallier à ses difficultés financières. Il fait croire que le fils ne chercha pas à se démarquer des gènes paternels. Le producteur de Lean Back piqué par la folie des grandeurs va réussir le tour de force de dilapider l’entièreté de sa fortune en moins de trois ans ! Au rang de ses possessions matérielles on compte une vingtaine de véhicules de luxe parqués dans le garage de sa maison de 30 000 mètres carrés, renommée la Villa Ferrari. On retrouve l’attirail classique du parvenu capable de claquer un demi-million pour une voiture: Bentley, SLR McLaren, Rolls Phantom, Maybach… Le joyau de sa collection reste la fameuse Bugatti Veyron, la voiture la plus chère du monde – 1.7 millions de dollars. Storch exhibe également un autre moyen de locomotion, son yacht Tiffany pour lequel il a déboursé 20 mil’.
Scott Storch flambe 30 000 000$ en six mois
Toutes ces acquisitions s’accompagnent d’un train de vie de pharaon. Au menu de ses dépenses on retrouve des allers retours sur la Côte d’Azur en jet privé pour des vacances impromptues (pour un coût de 500 000$) ou cette bague jaune canari de 32 carats dont il ne se départit que très rarement et dont le prix est estimé entre 3 et 7 millions de dollars. Il partage d’ailleurs allégrement cette passion de la joaillerie avec ses girlfriends de l’époque, au rang duquel on retrouve la Sainte Trinité des pétasses héritières : Paris Hilton, Kim Kardashian et Lindsay Lohan – mais aussi l’actrice de X Heather Hunt. Il les couvre de bijoux même si les relations ne durent pas. Tant que l’artistique permet au cash de rentrer personne ne se pose vraiment de questions sur sa solvabilité. « C’est mon image, c’est ce qui me différencie des autres producteurs. Les gens attendent ça de moi » répondra-t-il un jour aux inquiétudes de sa mère quant à son mode de vie dispendieux. Oui mais voilà, dans l’univers de l’industrie les modes changent et surtout les rumeurs se propagent aussi vite qu’une bonne punchline sur un réseau social. Outre une tendance à l’ostentation notre Tony Montana du beat développe une addiction foudroyante à la cocaïne qui va le conduire à la ruine.

« Dis moi qui tu fréquentes je te dirais qui tu es »
Le rocker Steven Tyler d’Aerosmith estimait avoir dépensé dans sa vie environ 6 millions de dollars dans la poudre blanche. Scott Torch a quant à lui avouer pouvoir faire monter la note à un quart de million par mois. Le manager de ses débuts, Derek Jackson, dépeint la maison du producteur de Candy Shop comme un squat de fumeurs de crack dans lequel évolue une foule de camés et profiteurs en tout genre. Au milieu de cette décharge Scott Storch trimballe son allure blafarde dans des chemises constamment tachées de sang qu’il ne prend plus la peine de faire nettoyer. À force de sniffer son nez coule sans interruption. Cette dérive affecte immanquablement son rendement en studio. Logiquement les artistes s’éloignent de lui, la faute à son comportement chaotique. On raconte qu’il fait attendre 10 heures Janet Jackson en studio alors qu’il se pavanait en club. Il a également refusé de retravailler avec Christian Aguilera (malgré une première collaboration qui lui avait permis à la chanteuse de vendre 7 millions d’albums). Le motif ? On lui aurait refusé l’envoi d’un jet privé pour parcourir Miami - Los Angeles.
Rapidement les fonds viennent à manquer pour faire face au style de vie auquel le producteur et son entourage se sont accoutumés. Scott Storch en est réduit à vendre ses services au plus offrant sans se montrer trop regardant. Ainsi on le retrouve crédité sur les albums de Paris Hilton, Jessica Simpson ou encore Brooke Hogan, la fille du catcheur Hulk Hogan… Comme si cela ne suffisait pas il partira même à Moscou produire du rap russe. Mais ces tentatives de sortir la tête de l’eau seront vaines et n’empêcheront pas d’être poursuivi à 28 reprises rien qu’en 2006 pour des dettes impayés – aux US les riches vivent aussi à crédit. Sa vie personnelle suit la même pente, il néglige sa famille et ne paye plus ses pensions alimentaires. Pour couronner le tout son ancien partenaire de studio Timbaland, ajoute la dernière pierre à sa destruction en l’affublant du sobriquet « piano man » dans son titre Give It To Me.

Storch a toujours aimer mettre en scène sa réussite financière
Aujourd’hui quatre ans après s’est déclaré en en faillite, Scott Torch n’a pas récupéré sa superbe d’antan. La majorité de ses biens ont été revendus. Son yacht a été vu sur ebay pour 600 000$ (soit près de 20 fois moins que le prix d’achat). Ses voitures ont été saisies. Néanmoins il peine toujours à payer ses pensions alimentaire et doit encore 30 000$ à ses baby mamas. Sur le plan musical il a repris le chemin des studios et a collaboré avec Gucci Mane, Big Boi, 2 Chainz ou French Montana. Mais les artistes ne font plus la queue pour acheter une de ses prod sans même l’avoir écouté. C’est à lui de les convaincre d’être placé sur les tracklists. Dix ans après les premiers coup d’éclats de Scott Torch sur la scène musicale, le monde du rap et du R&B a bien changé. Le piratage a asséché les liquidités de l’industrie musicale, Dr Dre vend désormais des casques audio, Kim Kardashian est rangée et enceinte, sa Villa Ferrari a depuis été rachetée par Birdman… Après être passé par la case réhab en 2009, Scott Storch a été arrêté en possession de cocaïne l’année dernière à Vegas. Le chemin de la résurrection s’annonce plus long que celui de la descente aux enfers.
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Aurélien7
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L’article du Miami News Time qui a inspiré ce portrait : http://bit.ly/bc8bHG
Plus de rappers broke dans cette liste établie par Complex Magazine : http://bit.ly/YPO8iU