RICK ROSS, LE HUSTLER ULTIME

L’avènement durable de Rick Ross comme poids lourd du Hip Hop marque à la fois la consécration d’une évolution et le début d’une nouvelle ère. Un cas à soumettre dans toutes les écoles de communication.

Rick Ross @LignesdeFrappe.com

« Ricky you never gonna get that car ! »

L’homme qui se fait appeler Ricky Rozay a réussi un tour de force unique. Non seulement les révélations sur son passé de maton n’ont pas tué sa carrière, mais il est sorti renforcé par cette affaire. C’est d’autant plus incroyable quand on sait qu’il passe son temps à rapper sur l’illicite, les barons de l’illicite, les deals illicites… Rick Ross avant le « C.O.gate » c’était un apprenti-patron de Miami. Après ça il est devenu le Bawse. 50 Cent l’a appris à ses dépens. Flairant la victoire sans péril, l’occasion était trop belle de tirer sur l’ambulance. Leur beef s’est clôt quand Deeper Than Rap de l’officier Ricky s’est vendu plus que son Before I Self Destruct. Un passage de témoin en quelque sorte. New York déjà malmené par les états du Sud perd définitivement son statut de capital du Hip Hop au profit de Miami.

I know Pablo, Noriega. The real Noriega, he owe me a hundred favors

50 Cent représentait l’archétype du gangsta rappeur. Un Tupac sous stéroïdes, le fantasme ultime de l’imagerie ghetto. Encore plus de tatouages, encore plus de balles, encore plus de beef. On frôlait les limites du genre. Ross ne se démarque pas de ses codes, il les pousse même à leur paroxysme. Il prétend contre tout souci d’exactitude être devenu riche grâce au business des narcotiques avant d’entrer dans le rap (alors qu’il n’avait pas 20 ans). Mieux, il clame connaitre Noreaga, Escobar… Le malaise est d’autant plus grand lorsque la photo de sa remise de diplôme de l’école pénitentiaire fait le tour de la toile.

Rick Ross @LignesdeFrappe.com

Le crime paie mais pas que…

Après des dénégations molles (« c’est pas moi, je faisais ce job pour masquer mes vraies activités »), il change de stratégie. Il passe du statut de mythomane à celui de schizophrène complet. On aimerait savoir ce qui se passe depuis dans sa tête. Le mec se fait quand même tatouer un AK-47 sur le visage… Rozay joue son rôle de mafioso à fond libéré de toute contrainte. Il s’exhibe dans des maisons de luxe, mange du homard dans ses vidéos, se tatoue Benjamin Franklin sur le torse… Désormais tous les moyens sont utilisés pour alimenter cette image grandiloquente. Rien d’autre ne compte. Pas même les tentatives de« Freeway » Rick Ross de récupérer son patronyme.

You gotta judge a man by his principles. Teflon don, I am invincible

Cette nouvelle stature fait de Ross un meilleur rappeur, ses albums sont plus cohérents, plus consistants. Malgré les légions de featurings sur un album comme Teflon Don (un intitulé qui lui va à ravir pour le coup), sa présence imprègne toutes les pistes. Sérieusement, qui se souvient du couplet de Style P sur l’hymne B.M.F. Rozay occupe désormais un créneau unique sur le marché, quelque part entre entre Cyrano et Pinocchio. Paradoxe suprême, personne d’autre n’est plus crédible que lui pour incarner cette démesure. William Leonard Roberts ne joue plus à être bigger than life, il est bigger than life. Entre grognements, chemises en soie et lunettes de soleil, il recrée un univers outrancier qui reste sans égal dans l’industrie musicale. Rien que pour cela il mériterait un l’Oscar du meilleur acteur de rap.

Rick Ross @LignesdeFrappe.com

Interdiction d’évoquer le casier du Bawse en interview

Avec le cas Rozay, le Hip Hop accomplit sa dernière mue, la métamorphose d’un art de rue en pure produit de l’entertainment. Les rappeurs ont souvent coutume de dire que leurs albums sont les bandes-son d’un film. Un album de Rick Ross est un film à lui seul. Un aller simple pour un monde qui n’existe que sur MTV Base. Rick Ross c’est la fin de toute crédibilité dans le rap au profit d’un récit calibré pour le public des Soprano et de Cocaine Cowboys. L’aspect cinématographique devient la composante majeure du rap. Contrairement aux interprètes des autres genres musicaux, les rappeurs doivent justifier d’un vécu pour exercer leur art. La jurisprudence Ross atténue largement cette règle et ouvre la porte à une nouvelle génération.

I’m thinking money, every moment thinking money

Rozay personnifie l’évolution ultime du hustler. Il reprend à son compte un by any means necessary mais cette fois dépouillé de toute conscience sociale, de tout impératif politique. Dorénavant l’accumulation de biens matériels se fait débarrassée de toute pudeur, de tout prétexte. Au diable les éclaireurs de conscience, les chroniqueurs du bitume ou les entrepreneurs engagés. Le hustler n’est plus ce débrouillard qui se sort de sa condition en slalomant entre les lois. Le hustler c’est celui qui prend du blé, point. Ross et sa réussite ostentatoire sont portés au pinacle. Il importe peu qu’elle soit en partie basée sur la tromperie. Ce qui est considéré c’est qu’il a réussi. Encore une fois on retrouve cette symbiose constante entre Hip Hop et capitalisme. Quand l’argent devient la seule valeur, seule la réussite positive est valorisée.

 

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Aurélien7

Aurélien7

El Jeffe chez LignesdeFrappe.com
« Great people talk about ideas. Average people talk about things. Little people talk about other people. »

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