MAIS POURQUOI LE RAP REVENDICATIF C’EST SI CHIANT ?

À force d’inepties, le rap revendicatif, la branche armée du Hip Hop, n’a-t-il pas creusé sa propre tombe ? Est-ce pour autant une si triste nouvelle ? Mis à part quelques exceptions notables, les textes engagés ne dépassent que rarement le niveau d’une rédaction de lycéen. Et bien souvent le prétexte social ne sert qu’à cacher la misère musicale.

Mais pourquoi le rap revendicatif c'est si chiant ? @LignesdeFrappe.com

Le type à l’horloge officie désormais dans de télés-réalités…

Historiquement, le Hip Hop depuis toujours vit sur un malentendu. La doxa médiatique (de Skyrock aux Victoires de la Musique) veut y voir, dans un grand exercice de tartufferie, l’expression du devoir civique d’une jeunesse défavorisée et métissée : « Le rap, musique des banlieues qui dénonce ». Bien évidement parmi les grands heures du mouvement certaines ont été écrites par des artistes engagés (c’est le moment de citer Public Enemy). Mais cette vison n’est que parcellaire car historiquement, tant quantitativement que commercialement les rappeurs dits « conscients » ont toujours été minoritaires. Vouloir réduire le rap à son aspect revendicatif c’est quelque part assimiler avec condescendance les acteurs du mouvement à de sympathiques victimes sociétales qui participent à dénoncer les mêmes cibles consensuelles depuis 30 ans (la police, le FN, l’entrée en boites de nuits, etc.). Le désir de se conformer à cette abstraction n’a rien de préjudiciable en soi. Si ce n’est que ce surmoi artistique a produit à la chaine des morceaux « à message » d’une indigence textuelle rare.

Qui peut prétendre faire du rap sans prendre position ?

Sociologiquement, un MC est plus proche de Tony Montana que de Julien Dray (le fondateur de SOS Racisme Ndlr). Issu des milieux populaires et bien souvent fils d’immigré (même si la donne change - lire cet article), le rappeur se révèle être un prédateur économique qui prend sa place à coup de pompes au lieu de d’attendre qu’on la lui donne. Ces deux visions, du rappeur sponsorisé par le PS au sarkozyste qui s’ignore, bien qu’en apparence contradictoires, ne sont pas exclusives l’une de l’autre. La deuxième donne néanmoins un autre visage au mouvement et explique mieux cette évolution mercantile enclenchée au début des 90′s notamment par le Wu Tang Clan (lire l’article à ce sujet). Si le rap est une musique qui décline le rêve américain en studio comment pourrait-elle se montrer subversive ?

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Entre intégration libérale et mise sous tutelle bienveillante…

Conceptuellement, si l’on passe à la loupe les grandes polémiques du rap aucune ne brille par sa subtilité. Prenons l’exemple des procès célèbres du rap français : Sniper, Minister AMER ou encore Monsieur R (faisons cas à part de La Rumeur qui, quoi qu’on en pense, est capable d’articuler une pensée), tous ont donné dans l’anti-France bien gras ou la surenchère anti-flics. Mis à part la défense de la liberté d’expression, il est bien malaisé de trouver un début d’argument pour les défendre. De l’autre côté du manche on retrouve toute la batterie des raps pseudo-engagés et leur mièvrerie conceptuelle; quelque part entre antiracisme pantouflard et casquette à l’envers. Mais peut-on en vouloir à des artistes dans leur vingtaine, de ne pas se montrer très incisif sur le plan de l’engagement ? De plus à la différence des autres musiques les carrières dans le rap jeu sont assez courtes, ce qui donne peu de temps de se construire idéologiquement. Résultat les discours convenus et éculés déferlent. Seuls artistes qui arrivent à introduire une cohérence doctrinale sont les rappeurs qui s’étiquètent musulmans (Kery James, Médine). Oui mais voilà, à trop donner dans le communautaire cette purée muslim se montre vite poussive, quand elle ne se transforme pas carrément en soupe moralisatrice - comme les 8 minutes du dernier Rohff.

Si Afrika Bambaataa te l’a mis dans le baba, moi j’ai encore la foi en Diego Maradona

Musicalement, le rap revendicatif met en avant les paroles sur la mélodie. Le procédé est louable mais cela peut vite tourner au scolaire et se révéler assez rébarbatif pour l’auditeur. Avant de parler de message, on parle d’abord de musique. Cette musicalité est le critère premier pour rejouer un morceau. N’en déplaisent aux gardiens de la tradition, le flow repose sur ce paradoxe : ce n’est pas tellement ce qui est exprimé qui importe mais comment on l’exprime. La forme prime sur le fond d’une certaine manière. Deuxième point : les courants musicaux engagés n’ont pas vraiment vocation à s’inscrire dans la durée. De la soul de What’s going de Marvin Gaye transformée en funk des Kool and the gang, au punk rock des Sex Pistols devenu brit-pop, tous les mouvements ont fatalement fini par s’embourgeoiser et s’édulcorer idéologiquement.

Le rap est-il condamné à être apolitique ? Peut-il se contenter d’être une musique formatée pour les radios et les clubs ? Tant que le Hip Hop restera la voix du ghetto, les artistes resteront des « haut-parleurs » (pour reprendre l’expression des NTM) véhiculant un message inscrit dans leur ADN social. Et tant pis si ces modèles ne correspondent pas à toujours à la représentation que certains aimeraient leur donner. Et puis au final une punchline bien placée vaut bien cent morceaux engagés. Quand Booba dégaine « Va dire au chauffeur que j’pose mon cul ou j’veux, comme Rosa Parks » tout le monde comprend. Pas besoin d’en rajouter. C’est aussi ça la force du Hip Hop. On se quitte avec « Clazze moi dans la varièt’ », titre prémonitoire du Doc, qui avec les années a encore pris plus de sens.

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Aurélien

Aurélien

El Jeffe chez LignesdeFrappe.com
« Dans les fissures de nos murs ce n'est pas le système qui gagne mais la volonté de ton cerveau. »

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