PIMP, AUTOBIOGRAPHIE CULTE

La vie d’un proxénète racontée par un proxénète, un vrai. Après 20 ans de services et 400 femmes sous ses ordres, Icerberg Slim se livre à la description d’un quotidien glauque, sans rien occulter du réel. À mille lieux de l’imagerie glamour du pimp répandue par les gangsta rappeurs.

Robert Beck @LignesdeFrappe.com

Iceberg, alias Robert Beck, de son vrai nom Robert Lee Maupin

Vous vous demandez comment un mac’ garde une employée récalcitrante sous sa coupe ? Iceberg Slim dévoile sa technique dans l’une des scènes les plus dérangeantes de son livre Pimp, mémoires d’un maquereau.

1) Saisissez un cintre en fer et allonger-le.
2) Torsadez-le afin de le rendre plus rigide.
3) Attendez que votre pouliche soit endormie.
4) Fouettez cette garce de toutes vos forces. Au-delà des larmes et du sang, jusqu’à la terreur.

Point important : ne laissez jamais une femme vous attendrir par ses sentiments, sa douleur. Elle a beau crier, vous supplier, se débattre dans l’hémoglobine, gardez en tête que le pimp game est un club réservé aux plus durs. Continuez de la lacérer. L’idée est de la marquer pour la vie tant physiquement que mentalement. Elle doit comprendre qui est en charge, une bonne fois pour toute.

Pimp Juice @LignesdeFrappe.com

Iceberg au sommet de son game

Dans Hey Ya !, Andre 3000 d’Outkast demandait à l’assistance ce qui était « plus cool qu’être cool ». Cette dernière répondait en chœur « Ice cold ! ». Le sobriquet de Robert Beck n’entretient aucun rapport avec ce genre d’explication. Icerberg lui a été attribué car il sait rester de marbre, cold dans les situations les plus étriquées. Il ne perd jamais son sang-froid. Pas de mains moites, pas de respiration saccadée quand la police vient le cueillir. Ou quand il s’agit de tabasser Demi-Portion, une frêle jeune fille rencontrée quelques semaines auparavant.

Les scènes de cet acabit se succèdent à un rythme soutenu : du viol de l’auteur à trois ans par sa nourrice en passant par les injections d’héroïne et les crises de manque. Le tout teinté de conseils avisés pour maintenir une écurie à flots. Money Over Bitches. Le pimp game est un business. Comme l’affirme Glass Top, l’un de ses mentors « je fais passer les affaires avant tout. Il n’y a pas la moindre once de haine en moi ». Lui aussi en connait un rayon question manipulation et ressources humaines. Extrait choisi.

Et au lieu de châteaux en Espagne, c’est de l’héro que je lui mets dans la tête (…) La cervelle commence à partir en bouillie. Alors, je m’inquiète terriblement pour elle. Je commence à ajouter de la morphine ou de l’hydrate de chlore à ses shoots. Pendant qu’elle est dans les vapes, je l’asperge de sang de poulet, par exemple. Quand elle se réveille, je lui dis que je l’ai trouvée comme ça dans la rue et que je l’ai ramenée.

Coffy @LignesdeFrappe.com

Extrait de Coffy avec Pam Grier.

Popularisé par les films de la blaxploitation puis par une frange du rap dans un second temps, le mythe du maquereau entiché de créatures enamourées prêtes à tout pour satisfaire ses désirs en prend un coup. La figure du mac a toujours bénéficié d’une certaine aura complaisante dans une partie de la culture black américaine. Avant d’être un trafiquant de chair, c’est avant tout, à sa façon, une incarnation du self-made-man américain. Incarnation qui s’accompagne d’une autre facette : celle de la revanche raciale.

Je serais devenu pour le reste de mes jours un de ces Noirs cireurs de pompes ou porteurs de valises, prisonniers d’un monde blanc aux murs infranchissables. Avec ma pute à la peau noire, j’étais sûr de me ramasser du fric par paquets et c’étaient les Blancs de ce monde interdit qui allaient me le jeter dans les poches.

Cette ascension verticale, culture de la rue oblige, se fait dans l’ostentation. Et en accord avec des codes établis : Cadillac Coupe Deville, piggy ring, fourrures, etc. L’imagerie Hip Hop se concentrera sur cet aspect. Néanmoins il serait réducteur de décrire Iceberg Slim uniquement comme l’auteur qui a inspiré les pseudos de rappeurs comme Ice Cube ou Ice-T - lui aussi ancien mac reconverti NDLR.

Don Magic Juan @LignesdeFrappe.com

The Archbishop Don Magic Juan

Présentée comme une œuvre autobiographique, la force du livre sortie en 1967 réside dans sa crudité sans complaisance aussi bien que dans ce résidu de beauté sauvage. Pimp, mémoires d’un maquereau constitue le premier tome de la Trilogie du ghetto, l’héritage littéraire légué par le proxo le plus célèbre des États-Unis. Avec Trick Baby et Mama Black Widow, c’est l’univers des ghettos noirs américains de la crise de 1929 à l’avènement des mouvements des droits civiques qui est dépeint.

Violences, virilité dégénérée, abus sexuels, misère sociale, ségrégation raciale, tous ces éléments se mélangent pour former un cocktail aussi sordide qu’abject. Bien sûr, quel que soit le degré de romance injecté, le passé de l’auteur dérange. Mais de Céline à Hemingway n’est-ce pas la force du vécu qui donne du souffle à une œuvre ? Qui en détermine le style ?

Le talent littéraire percute l’histoire pour revêtir l’œuvre du sceau de la durabilité. Slim en brossant son portrait unique des bas-fonds, a réussi à capter ce qu’aucun universitaire n’aura su faire avant lui. En ce sens ses livres lui octroient une place de choix parmi les écrivains les plus influents de son époque. Si en Europe sa réputation est moindre, c’est peut-être dû à l’altération de son style par la traduction - il est fortement conseillé de le lire en VO.

Une critique du Washington Post synthétise l’ouvrage en quelques mots : « Iceberg Slim may have done for the pimp what Jean Genet did for the homosexual and thief: articulate the thoughts and feelings of someone who’s been there ». Preuve supplémentaire de la prégnance de son héritage, YMCMB a réédité dernièrement l’intégrale des publications du maquereau le plus célèbre des États-Unis

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Le taf t’a plu ? Lâche ton commentaire jeu fanatique ou clique sur J’aime si t’es paresseux ! - Article écrit par Aurélien7

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