L’enfant terrible du foot français ne sera donc jamais devenu ce qu’il aurait dû être. À force d’enchainer les polémiques de bas étage, Nicolas Anelka a fini par symboliser l’archétype d’une élite médiocre et arrogante.

Si Nicolas Anelka n’a jamais eu le profil du type qui plaît à tout le monde, il a toujours bénéficié d’un certain capital sympathie, notamment auprès de ceux qui ont grandi énervés. Talentueux, tête brulé, solitaire, incompris… sur le papier il avait tout pour être l’Albator du football. Pourtant, 18 ans après ses débuts professionnels et 11 clubs plus tard, c’est plus à un Averell Dalton coiffé des Ray Ban de Sarkozy qu’il ressemble. À sa décharge, si chacun de ses coups d’éclats ont emballé la machine médiatique, c’est qu’Anelka a bien souvent été un symbole malgré lui. Banlieusard issu de la diversité devenu jeune millionnaire du foot business, il cristallise sur sa personne les passions et les attentes. Si l’on peut aisément croire qu’il aurait préféré passer sa carrière à courir derrière un ballon sans se soucier d’autre chose, il n’aura cependant pas réussi à faire sien cet adage qui veut qu’il est préférable de ne rien dire et passer pour un âne plutôt que de l’ouvrir et dissiper tout malentendu (n’est pas Zidane qui veut).
Nicolas « WTF » Anelka s’intronise comme un chantre de l’antisystème alors qu’il en est le parangon
Dernière incartade en date, sa flamboyante quenelle qu’il présente comme un geste « antisystème ». S’il est une qualité que l’on ne peut enlever à Nicolas Anelka, c’est son culot. Passons sur son amitié avec Dieudonné ou sur le fait qu’il soit l’employé de toutes une tripotée de multinationales (de Nike à Quick) à l’éthique aussi irréprochable que celle de la N’Drangheta. Ce qui détonne dans cette posture, c’est que Nicolas Anelka appartient à cette élite du football qui jouit sans entraves de toutes les dérives que connait ce sport depuis l’arrêt Bosman. Soit en vrac : la fin des frontières, l’indécence des rémunérations, la comptabilité goldman-sachienne des clubs, la corruption et le dopage à outrance… C’est cette dérégulation permanente qui rend possible les parcours à la Anelka, un mercenaire qui a passé sa carrière à se vendre au plus offrant, passant sans sourciller de la Primer League à la Turquie en passant par la Chine. Le football, bien plus que n’importe quels sports US, porte haut et fort les valeurs du libéralisme financier. Pas étonnant que les joueurs soient ensuite considérés comme les mètres étalons de la réussite moderne. Dans ces conditions, il est difficile d’être autre chose qu’un mutin de Panurge mon cher Nico.

« Fuck you, fuck la France, fuck Domenech. »
Succédant à la génération « black-blanc-beur » de 98, il sera victime du retour de flamme de ce multiculturalisme porté en étendard. Si la France a remporté la Coupe du Monde c’était donc grâce à ses joueurs définis avant tout par leurs origines ou la couleur de leur peau plutôt que par leur nationalité. Il aura fallu une dizaine d’années pour que cette tartufferie idéologique éclate en mille morceaux et transforme les gentils indigènes en une association de racailles à la petite semaine pour cause de mauvais résultats. Bien sûr Anelka est loin d’être vierge de tous reproches. Mordant à tous les hameçons de l’antiracisme institutionnel (qui se conjugue à merveille avec l’idéologie libérale rappelons-le), il considère finalement la patrie comme un hôtel et le monde comme un hall d’aéroport. Les polémiques avec l’équipe nationale ont ainsi logiquement jalonné sa carrière, de son refus de chanter la Marseillaise (dont il n’a toujours pas compris les paroles) (1) à celui de participer à un match de sélection à l’époque Santini (après tout l’EDF n’est qu’un club comme un autre). Le point d’orgue ayant été l’épisode sud-africain et sa punchline homérique « va te faire enculer toi et ton système de merde » (décidément). Épisode ô combien symbolique, au cours duquel les joueurs impliqués (et une partie du public) ont tenté de faire revêtir au douteux Raymond Domenech la tunique du vilain colon pour mieux s’exonérer de tout reproche. Paradoxalement l’une des rares actions sur le terrain pour laquelle on se souviendra d’Anelka restera son doublé en bleu sur les terres de la Perfide Albion…
Les anti-footeux pensent que lire des kilomètres de bouquins et posséder une culture générale est synonyme d’intelligence - N.A.
Ainsi va Nicolas Anelka, traversant la vie avec ses lunettes de nouveau riche, réduisant 1 500 d’histoire à la question fiscale (2), dédaignant le patrimoine culturel dont il est pourtant l’héritier (en même temps lorsque l’on se vautre dans le matérialisme et que l’on se vante de ne pas lire, c’est dur d’apprécier Rousseau ou Brassens) et se complaisant à voir en la France un pays raciste (ce même pays qui porte au pinacle Omar Sy ou Jamel Debbouze, ses amis trappistes). Anelka c’est ce nouveau venu au club des élites mondialisées nomades qui s’étonne des différences de traitement qui lui sont réservées entre son enfance dans la banlieue de Trappes (« la meilleure chose qui puisse arrivé à un enfant » dixit Jamel (3) à ses côtés dans le docu L’entrée des trappistes) et cet eldorado étranger qui lui accorde les primeurs réservées à cette caste de sur-consommateurs à laquelle il fait semblant de ne pas appartenir - en vrai l’immigration à tout crin mon cher Nico ça donne Lampedusa et le plombier polonais. Ne reste que ton « ami » Dieudonné pour voir en toi un « Muhammad Ali français ». Et pourquoi pas la résurrection du Che pendant qu’on y est ?

(1) « En équipe de France, je n’ai jamais voulu chanter La Marseillaise, ça ne m’est jamais venu à l’idée. Et si on m’avait demandé de le faire, j’aurais refusé, j’aurais quitté l’équipe »
(2) « L’argent que j’ai, il est pour mes enfants. Si je peux leur offrir quelque chose, je le ferai là où il n’y a pas de fiscalité. »
(3) Même si une fois la notoriété acquise les trois lascars quitteront le quartier fissa et feront déménager leurs parents…
Aurélien
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Tres bon analyse, un style agréable à lire.
Je suis arrivé sur ton site via Trashtalk.fr et je reviendrais.
Aurélien
Ps : l’aventure FootLocker fut également sympa à lire.
Merci Aurélien, n’hésite pas à poster ce qui te plaît sur Facebook, ça fait avancer le truc. Peace.