REGGIE MILLER CONTRE L’ÉTAT DE NEW YORK

Cette semaine les Knicks de New York retrouvent les Pacers d’Indiana en demi-finale de conférence Est des playoffs NBA. Les deux équipes se sont affrontées six fois en huit ans durant les années 90. Retour sur l’une des rivalités les plus mythiques de l’âge d’or du basket-ball.

Reggie Miller contre l'État de New York @LignesdeFrappe.com

Deux villes, deux styles, deux tempéraments.

Indianapolis et New York sont deux terres de basket. Et c’est peut-être là leur unique point commun. La première est une ville de connaisseurs, la deuxième de passionnés. Dans l’Indiana (l’état qui a vu naître Larry Bird) le public apprécie le beau jeu et ses fondamentaux. La manière joue son rôle. La Grosse Pomme, jamais tendre avec les perdants, n’a d’yeux que pour le résultat. À l’image de l’ambiance électrique qui règne dans sa salle, le mythique Madison Square Garden, rien ne s’accomplit sans tension. Les Knicks contre les Pacers c’est un peu le remake des affrontements entre les Los Angeles Lakers et les Boston Celtics dans les 80′s. Un centre du monde affronte une bourgade périurbaine. La flamboyance des anges fait face à une bande de besogneux, pas flashy pour un sous mais diablement efficaces.

Une opposition de styles : Holy City contre Sodome et Gomorrhe

Transposé dans les années 90, New York c’est Los Angeles sans les paillettes. L’effectif est composé de mauvais garçons et de grognards (Charles Oakley, Anthony Mason, Doc Rivers…). Sous la houlette de Pat Riley les entrainements sont rugueux, les matchs féroces. Les Knicks forment la ligne défensive la plus imperméable de la ligue. La raquette est un champs de mine, chaque panier se mérite. Riley a signé avec pour unique objectif de gagner le titre NBA que la ville attend depuis 1973. La pression est énorme. En face, Indiana est une équipe moyenne qui au regard de l’Amérique côtière sent le bourdon. Fraichement reprise en main par Larry Brown, elle monte lentement en puissance. Bien qu’originaire de Brooklyn, ce dernier ne s’affiche pas dans des costumes italiens sur mesure comme son homologue. Les deux hommes partagent néanmoins une science du jeu sans commune mesure. Ils appartiennent depuis au panthéon des coachs de la NBA.

Reggie Miller contre l'État de New York @LignesdeFrappe.com

Peut être le roster les plus badass du jeu

Sur les parquets ce sont deux Hall of Famers qui se côtoient : Patrick Ewing et Reggie Miller. Ils partagent ce désir insatiable de victoire. Ewing est depuis son adolescence promis à une carrière brillante. À son arrivée en NBA en 1985, celui qui avait déjà remporté un titre olympique et le championnat universitaires est attendu comme le sauveur. The Beast from the East tient New York sur ses larges épaules. Les débuts de Reggie Miller sur les parquets professionnels se font plus difficilement. Il évolue depuis toujours dans l’ombre de sa sœur aînée Cheryl, la plus grande basketteuse de l’histoire. Drafté en onzième position seulement, il n’obtient pas dans un premier temps les faveurs des fans. Miller utilise sa grande gueule et son adresse au tir sans pareil pour affirmer sa réputation. Pour lui comme pour ses coéquipiers vaincre les Knicks c’est surmonter ses complexes.

La légende du Knick Killer

Les hostilités commencent en 1993 avec le premier tour des playoffs. Si New York domine largement les débats et éliminent les Pacers, c’est le Game 3 de la série qui va servir de point de départ des hostilités. Reggie Miller est connu pour être un des trash-talkeurs les plus virulents de la ligue. Infatigable, il ne la ferme jamais. Son adversaire direct pour les années à venir est John Starks, un des défenseurs les plus efficaces à son poste, un joueur particulièrement instable. Excédé par le harcèlement verbal de Miller (qui cherche sciemment à profiter de cette faille) il finira par lui mettre un coup de tête et sera exclu. Les deux joueurs vont se tirer la bourre tout au long de la décennie.

Reggie Miller contre l'État de New York @LignesdeFrappe.com

Le célèbre choke sign adressé à Spike Lee

En 1994, la retraite de Michael Jordan change la donne. Les cadors de la ligue réalisent qu’ils ont là une possibilité de remporter enfin une bague. À l’Est New York est largement favori. Ils retrouvent sur leur route les Pacers en demi-finales de conférence. À 2 partout c’est le Game 5 qui fait basculer cette confrontation dans la légende. Profitant d’une entame de match laborieuse de la part du canonnier des Pacers, Spike Lee, fan hardcore des Knicks, saute sur l’occasion pour le charrier sans relâche. Ses efforts produiront l’inverse de l’effet escompté. Miller termine le match avec 39 points, dont 25 dans le dernier quart temps ! Le fameux choke sign date de cette journée. La presse new-yorkaise ne sera pas tendre avec le réalisateur. Le New York Daily News titrera en première page « Thanks A Lot, Spike ». La sixième manche sera remportée par les Knicks à Indianapolis dans une ville surchauffée. Spike Lee assiste au match, dans le stade la foule est survoltée. John Starks aussi et enchaine les paniers. Miller balance un air-ball à trois seconde de la fin. New York s’impose. Lors du match décisif, c’est Patrick Ewing qui achèvera les Pacers dans le money time avec un dunk vengeur. Le Madison Square Garden est aux anges.

Miller Time !

En 1995, l’arrivée de l’ancien meneur des Knicks Mark Jackson donne une nouvelle dimension aux Pacers. La demi-finale de conférence est l’évènement à ne pas rater. Lors du Game 1 Reggie Miller entre dans la légende avec ses 8 points inscris en 9 secondes, offrant sur le fil la victoire à son équipe. Il faut voir la mine abasourdie de Pat Riley en cette fin de rencontre. Pour la petite histoire, on raconte que le président des Pacers a quitté sa loge avant la fin du match, ulcéré par la défaite annoncée… Ewing se fend lui aussi d’un panier décisif à 1.8 secondes de la fin du Jeu 5. La série va au bout des sept matchs. Cette fois-ci Indiana répond présent et s’impose à New York. La franchise remporte pour la première fois une série face à son meilleur ennemi.

Les deux équipes patienteront trois années avant de se retrouver. En 1998 contrairement aux précédentes séries, ce sont les Pacers qui sont favoris. Riley a depuis quitté le Grosse Pomme. Larry Bird coache les Pacers. Les hommes changent mais les rancœurs restent tenaces. Miller se fend d’un trois points à 5.1 secondes de la fin du Game 4 pour arracher la prolongation et remporter in fine le match. Indiana se qualifie pour le tour suivant sur le score de 4 à 1.

Les Knicks accomplissent l’impensable

L’année suivante New York fait peau neuve en échangeant les deux favoris du public, Starks et Miller contre Marcus Camby et Latrell Spreewell. Les Knicks accompliront une saison régulière très moyenne se qualifiant in extremis pour les playoff en arrachant la dernière place. Ils parviendront à éliminer les premiers, le Heat de Miami. C’est seulement la deuxième fois de l’histoire qu’un tel renversement se produit. Au tour suivant ils balaieront les Atlanta Hawks 4-0. De son côté Indiana n’est pas en reste. L’équipe affiche ses ambitions en sweepant ces deux adversaires directs. New York subit un coup dur en perdant Ewing sur blessure. Tous les commentateurs pensent que le baroud d’honneur est terminé. Allan Houston tiendra pourtant la dragée haute à Miller. Les Knicks s’imposeront 4-2 et décrochent leur billet pour la finale - fait unique dans histoire de la NBA. Le point d’orgue de la série sera le légendaire panier à 4 points de Larry Johnson dans les dernières secondes du Jeu 3.

L’année 2000 verra les deux équipes se rencontrer pour la sixième fois en atteignant la finale de conférence. Comme à l’accoutumée chaque équipe remporte ses deux premier matches à la maison. Le Game 6 l’arrière des Pacers délivre une nouvelle performance d’exception en inscrivant 17 des ses 34 point dans le dernier quart temps. Indiana accède grâce à lui à ses premières finales NBA. Symboliquement c’est aussi le dernier match d’Ewing sous l’uniforme des Knicks.

Paul George l’actuel star des Pacers avait 3 ans lors du premier choc avec les Knicks…

Avec 35 matches joués, les deux équipes sont à égalité en termes de séries gagnées : 3 partout. Plus de 20 ans après leur dernière rencontre que reste-t-il de cette rivalité ? Les joueurs clefs sont tous à la retraite. Certains sont devenus commentateurs (Miller, Ewing), arbitres (Haywoode Workman) ou coach (Jackson). D’autres comme Sprewell ou Mason essayent tant bien que mal d’éviter l’IRS, le fisc américain.

Reggie Miller contre l'État de New York @LignesdeFrappe.com

« I’m gonna embarass this kid » Reggie Miller

On fêtait cette semaine le 18ème anniversaire des 9 secondes de folie de Reggie Miller. L’ancien guard reconverti en analyste pour la chaîne TNT était pour l’occasion au Madison Square Garden. Aussi passionnés et soutenus qu’ont été les affrontements entre les deux villes, la ferveur n’a jamais débordé du cadre sportif. La preuve avec Spike Lee qui a offert un caméo à Miller dans son film He got Game en 1998. Mieux encore lors son dernier match au Garden, la foule a scandé le nom du numéro 31 en hommage aux épiques duels passés.

Lorsque l’eau monte, le bateau fait de même

Les Knicks contre les Pacers donnait l’impression d’assister à une lutte entre une ville entière, New York et un homme, Reggie Miller. L’arrière des Pacers se transcendait à chaque affrontement, surtout en terre ennemie. À la manière d’un Michael Jordan il puisait sa motivation dans l’opposition frontale que lui offrait le public new-yorkais. Le Madison Square Garden a toujours été paradoxalement un lieu de réussite pour les grands joueurs. Ils y trouvaient une scène à la hauteur de leur stature. Reggie Miller aurait pu n’être qu’un très bon joueur de basket; de ceux dont on se souvient que vaguement après leur retraite. Après tout il ne scorait qu’en moyenne de 20 points par match. Il était très adroit mais d’autres l’étaient avant lui. Là où Miller a inscrit son nom dans le marbre c’est grâce à sa capacité à peser dans les moments décisifs. Il pouvait passer complètement à côté d’un matche mais se réveiller à 30 secondes de la fin pour faire gagner son équipe. À la manière d’un Kobe Bryant ou d’un Jordan c’est la marque de grands joueurs. Les batailles successives contre les Knicks ont offert à Miller à la fois un carré de lumière et un adversaire à la mesure de son talent. Il est intéressant de noter qu’à chaque fois que New York ou Indiana ont atteint le stade des finales (1994, 1999, 2000) ce fut après avoir vaincu l’autre.

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Aurélien7

Aurélien7

El Jeffe chez LignesdeFrappe.com
« Great people talk about ideas. Average people talk about things. Little people talk about other people. »

One Comment

on “REGGIE MILLER CONTRE L’ÉTAT DE NEW YORK
One Comment on “REGGIE MILLER CONTRE L’ÉTAT DE NEW YORK
  1. Lors de la série de 1994 Lee et Miller ont fait un pari; Si les Pacers remportent la série, un rôle sera offert à la femme de Miller dans son prochain film. Si NYC gagne, Reggie Miller devra aller rendre visite à Tyson dans sa prison en Indiana.

    Une rétrospective de la carrière de Reggie Miller : http://bit.ly/14d41Sq

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