Dans son livre Hiding in Hip Hop Terrance Dean raconte les mœurs taboues des down low brothers, ces membres de la communauté rap qui s’affichent hétéro dans l’industrie et vivent dans l’ombre leur homosexualité.

Autant coupé court dès le départ à tout suspense, dans les quelques 300 pages de Hiding in Hip Hop aucun nom n’est dévoilé. Certains pourront néanmoins décelé avec un peu de partialité des personnalités auxquelles sont accolées de persistantes rumeurs (Diddy, Russell Simmons…). L’intérêt du livre du livre ne se situe pas là. Il repose sur la description d’une communauté méconnue, celle des down-low (leurs soirées, leurs codes…). En être membre signifie donner des gages d’hétérosexualité en public et avoir des rapports sexuels avec un homme en privé. Ce qui ne signifie pas nécessairement être homosexuel. L’ouvrage distingue trois catégories :
• les down-low qui se considèrent comme bisexuels et n’admettront jamais être désignés comme homo
• les down-low gay qui sont homo et le gardent secret
• les gays qui assument et vivent leur sexualité en plein jour - ces derniers méprisant les deux premiers
L’homophobie a longtemps été monnaie courante dans le rap. Elle était même sujette à une certaine tolérance pendant de longues années. L’imagerie Hip Hop se nourrissant d’un machisme exacerbé, voire surjoué – rappelons-nous le no homo de Cam’ron. Il y a de quoi être étonné lorsque l’homme qui a travaillé avec Spike Lee ou Keenan Ivory Wayans affirme que le nombre de down-low avoisine les 30-40% au sein de l’industrie du rap.

Don’t ask, don’t tell
Si la prégnance des homosexuels au sein de la communauté Hip Hop surprend à première vue, elle obéit tout de même à une certaine logique. Les codes en vigueur se conjuguant étonnement bien avec ceux de la communauté gay. On retrouve en vrac :
• une bande de mâles qui clament l’amour de leur crew et passent le plus clair de leur temps ensemble
• un culte du corps décomplexé : nombreux sont les artistes qui font de leur torse huilé et imberbe une marque déposée
• Un culte de la mère, rare sont les rappeurs qui ne leur ont pas dédié un morceau
• Une fièvre consumériste caractérisée, avec par exemple un usage invétéré du name dropping
As soon as you can no longer fool the world, Hollywood abandons you
Ces accointances sont la parfaite illustration du paradoxe homosexuel : à l’échelle collective ses valeurs sont dominantes et imprègnent la société alors qu’au niveau individuel les discriminations subsistent. Le show biz ne fait pas exception à cette règle. Tant que les apparences sont sauves aucune carrière n’est menacée. Plus globalement Dean explique longuement comment les homosexuels ont aidé à façonner la culture Hip Hop en se plaçant dans tous les corps de métiers, et pas uniquement ceux relatifs à l’image stricto sensu. Dean a ainsi fréquenté pendant deux ans un rappeur dont la musique était en rotation sur MTV.

« A man got to have a code »
On peut d’ailleurs déplorer que Hiding in Hip Hop ne s’attarde pas à une analyse plus en détails de ce phénomène. Le livre du fait de son caractère autobiographique se contente d’un parti pris émotionnel des diverses tribulations du narrateur. Des segments entier du livre ne traitent absolument pas de l’industrie mais s’applique à exposer des éléments intimes de la vie de Terrance Dean, entre scènes de pénétrations et atermoiements sur son orientation sexuelle. Parfois un peu longuets ces passages nous renseignent sur la vivacité de l’homophobie au sein la communauté afro-américaine, entre prêches enflammées et pression familiale. Face à cette situation, il était impensable de prédire l’évolution des mœurs qui a eu lieu ces dernières années.
If an artist fuck over a gay man he fucks over his own career
Plusieurs épiphénomènes culturels ont permis cette normalisation, au premier rang desquels Omar dans The Wire. Ce rôle a eu l’effet d’une bombe à fragmentation tant il a chamboulé les normes. Omar c’est un type qui arpente le project vêtu d’un trench coat et d’un gilet pare-balles. Son gagne-pain consiste à braquer des dealers. À côté de cela il vit son homosexualité en plein jour. À la qualité de l’interprétation (merci Michael K. Williams) s’ajoute le fait que la caméra filme sans trop de pudeur la sexualité d’Omar : langues et nudité intégrale sont au menus. Son orientation sexuelle n’est qu’une composante du personnage. Omar n’est pas un homo qui joue les badass. C’est un badass qui se tape des mecs. On ne se situe ni dans la caricature, ni dans la morale à gros sabots. Résultat à l’instar de Barack Obama, il est le personnage préféré de beaucoup de rappeurs et l’emblème d’une série considérée comme un chef d’œuvre indépassable.

Dans cette lignée on peut ajouter toute la campagne de promotion Lil B pour la sortie de son projet I am Gay. Il n’est pas toujours expressément clair si le Based God est homo, bicurieux ou surfe sur un arc en ciel médiatique. Peu importe, il est sorti du carcan bienpensant Hip Hop le temps d’un album. C’est ensuite Franck Ocean qui vient parachever cette évolution. Ce dernier a révélé assez habilement les sentiments qu’il a éprouvé adolescent pour un autre garçon. Sa déclaration a immédiatement engrangé un maximum de soutiens. Tous les rappeurs qui aspirent à conquérir le maintsream se sont eux aussi rangé de son côté. Ironie de l’histoire, on retrouve des rappeurs comme 50 Cent ou Jay Z qui il y a encore peu dégainaient l’insulte homophobe au moindre clash. Être gay friendly fait désormais partie intégrante de la posture publique d’un rappeur soucieux de ses parts de marchés.
First comes the gays then the girls then the rest of the world follow
La nouvelle génération de MC n’est pas embarrassée par ces préoccupations, que ce soit Nicki Minaj, devenue une icône gay, ou A$AP Rocky qui s’affiche sans problèmes avec le créateur Jérémy Scott et vante son travail à longueur d’interviews. Tout ça n’est bien sur sans comparaison avec le phénomène Mykki Blanco : un travesti qui rappe comme Lil’Wayne, se drogue comme Axl Rose et enchaine les clips aux visuels les plus déconcertants. Le Hip Hop initierait-il sa phase glamour, un peu à la manière du métal et de sa période glam rock dans les années 80 ?
COMMANDER HIDING IN HIP HOP EN CLIQUANT ICI
Aurélien
Derniers articles parAurélien (voir tous)
- DRESS CODE NBA, LE BILAN - 12 mars 2014
- QUAND KANYE WEST FAIT NAWAK - 10 mars 2014
- CES 15 JOURS À BOSSER CHEZ FOOT LOCKER - 18 février 2014
- DEATH ROW, BALL ‘TILL IT FALLS - 31 janvier 2014
- No homo ou pas no homo, Ima Read de Zebra Katz est une tuerie.
- Très bon article sur le sujet que celui de CaptchaMag : Les rappeurs français et leurs paraphilies
- Kaaris, rap et proctologie & Kaaris, rap et proctologie : le retour
L'HOMOSEXUALITE ET LE ROI HEENOK