Avec Jim Jarmush à la réalisation, Forest Whitaker devant la caméra et RZA à la bande-son, Ghost Dog fait se rencontrer trois talents au sommet de leurs arts. Le tout sur fond de bushido, le code de l’honneur samouraï.

All assassins live beyond the law. Only one follows the code.
L’histoire de Ghost Dog - La Voie du Samuraï est somme toute assez classique, très similaire au Samouraï de Jean-Pierre Melville. Un tueur à gages doit faire face à ses employeurs qui cherchent à le liquider. Le film multiplie les clins d’œil à son modèle, jusqu’à reproduire la même scène finale. Cet héritage assumé se combine avec des références à Rashōmon et Akira Kurosawa. Cinéphile raffiné Jarmush assume l’héritage de ses maîtres. À l’époque de sa sortie en 1999 on avait pu lire comme accroche que l’œuvre était « la rencontre de Jarmush et Tarantino ». Ironie de l’histoire, c’est cette dernière qui donne aujourd’hui l’impression de préfigurer Kill Bill sorti quatre ans après.
Le samouraï doit cultiver l’intelligence, la compassion et le courage
Si Ghost Dog demeure un film unique c’est parce qu’il réussit un mélange subtil des genres jusque-là inédit. Le zen des arts martiaux s’acclimate en toute quiétude avec le bitume urbain. Visionner l’œuvre de Jarmush c’est commencer par la même à s’imprégner de l’Haggakure - littéralement : « caché derrière les feuillages ». L’ouvrage écrit au 18ème siècle dévoile les valeurs et principes qui régissent la vie du samouraï, entre raffinement et cruauté. Les premières paroles du film « chaque jour on doit se considérer comme mort » font écho aux premiers mots du livre : « la voie du samouraï réside dans la mort ». Les citations tirées de ce code de conduite et de morale chapitrent ensuite tout le film.

Le daishô est formé d’un katana et d’un wakizachi
L’essence du film réside dans son rythme, un flow aérien qui se calque sur la démarche lénifiante de Forest Whitaker. Massif, vêtu entièrement de noir, ce dernier se déplace avec la grâce d’un félin. Cette lenteur mélancolique, appuyée par une réalisation sobre et efficace, dissimule en réalité la force d’esprit du personnage. Son regard impassible, ses gestes précis, tout semble relever d’un cérémonial ancré dans les traditions. Comme si à travers lui, d’une certaine manière Jim Jarmush ravivait la trompette de Charlie Parker [Whitaker a interprété le jazzman dans Bird de Clint Eastwood NDLR]. Le rôle a été écrit spécialement pour l’acteur. On n’imagine pas un instant le film existé sans sa présence.
Lorsque l’eau monte, le bateau fait de même
Dans cette ambiance pacifiée, qui sera à peine troublée par les évènements sanglant du film, résonnent les lancinantes instrumentales signées RZA. La bande originale de Ghost Dog est un summum du genre. Les morceaux, originaux ou réadaptés (comme le freestyle dans le parc sur les notes du Ice cream de Raekwon) comptent parmi les meilleurs composés par le shogun du Wu Tang Clan. Féru de philosophie orientale, son Hip Hop habille harmonieusement le métrage grâce à ses arrangements dépouillés d’artifice. À noter que c’est la fameuse version japonaise qui contient des inédits du Clan ainsi que les compositions entendues dans le film.

Power & equality. Duel on the iron mic
Cette poésie du bitume fait malgré elle des émules au sein de la mafia italo-américaine, qui fait appel aux services du dawg. Les rôles sont tenus par une bade d’acteurs aux faciès immédiatement reconnaissables - même si l’on ne se souvient jamais dans quelle série B on les a vu. En résultent quelques scènes particulièrement réussies comme celle ou l’un des cappo rappe un couplet de Flavor Flav. Malheureusement les accointances entre ce deux milieux ne vont pas plus loin. C’est une histoire de clan, de code et d’honneur qui déclenchera une réaction chaîne.
It is bad when one thing becomes two
Derrière cette superposition d’influences, Ghost Dog c’est aussi une histoire de mondes aux rites multiséculaire qui se juxtaposent. Parfois des passerelles entres les différentes cultures s’établissent, comme lors des conversations du héros avec son meilleur ami haïtien qui ne parle pas la même langue. Les deux hommes se comprennent malgré tout. D’autres fois ces mondes en autarcie rentrent en conflit, comme lors de cette scène bien barrée où la bande de mafieux se retrouvent tout penauds devant un propriétaire venu réclamer le loyer du local qu’ils occupent.
On termine cette chronique avec l’un des moments emblématiques du film, la scène du sabre. Pour tous ceux qui ne rejoueraient pas au moins deux fois la vidéo, inutile de consacrer du temps à ce petit chef d’œuvre. Ghost Dog - La Voie du Samuraï, un film culte auquel le temps ajoute de la valeur.
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Aurélien7
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RZA sera impliqué dans la BO de Kill Bill, tiendra son propre rôle (au côtés de GZA) dans Coffee and Cigarettes de Jarmush. Il finira par réaliser son propre film The Man with the Iron Fists (pas encore vu).