Popularisés par les rimes du Wu Tang Clan, de Rakim ou d’Erykah Badu les Five Percenters, aussi appelés The Nation of Gods and Earths (NGE), accompagnent le mouvement Hip Hop depuis ses débuts. Enquête sur ce mouvement qui mélange indifféremment politique et religion, et dont ses détracteurs le considèrent comme une secte, un gang ou encore une organisation raciste.

Le soleil pour le Savoir, le 7 pour God, la Lune pour les femmes et l’Étoile pour les enfants
Pour les Five Percenters le monde se divise en trois catégories. 85% de la population vit dans l’illusion d’un Dieu qui n’existe pas. Un mensonge entretenu par les 10% qui exploitent cette ignorance pour assoir leur domination. Cette minorité est considérée ni plus ni moins comme le « diable ». Les 5% sont ceux qui détiennent la Vérité. Ces « enseignants vertueux » (« Poor Righteous Teachers ») ont le devoir de faire accéder à la Lumière cette masse « aveugle, sourde et muette ». Pour ce faire les Five scandent leur Savoir ésotérique sur le pavé, une attitude très vite reprise par les MC new-yorkais.
Bras-Jambe-Jambe-Bras-Tête, Allah. (Arm-Leg-Leg-Arm-Head)
Cette dialectique chiffrée se retrouve dans les enseignements dispensés par les membres de la Nation qui s’articulent autour des chiffres arabes et de l’alphabet latin. Les chiffres sont utilisés pour interpréter les textes et découvrir le sens profond des mots. Pour ce faire deux systèmes se complètent le Supreme Alphabet et les Supreme Mathematics. Ces derniers assignent un sens à chacun des chiffres (0 compris), mais n’ont que peu à voir avec une quelconque science. Il s’agit plus d’une collection de métaphores qui s’apparentent à de la numérologie, en lointain rapport avec tradition juive mystique de la Kabbale. Le Supreme Alphabet se base sur le même principe, à chaque lettre correspond une signification. Les Five Percenters utilisent la première lettre de chaque mot pour détecter le sens caché des textes. Ils considèrent ensuite ces derniers comme des « faits », des « preuves ».

De Clarence X à RZA
Un troisième pilier vient compléter le corps doctrinaire de la NGE : les 120 degrés ou leçons. Largement inspirés d’un texte initiatique de la Nation Of Islam (NOI), les 120 Questions - réservées alors aux ses seuls membres de l’organisation d’Elijah Muhammad. Il s’agit d’une sorte de catéchisme assez primaire qui se présente sous la forme d’une série de questions/réponses dont les membres se plaisent à se les rappeler lors de leurs rassemblements. Si une telle proximité existe entre la NGE et de la NOI, elle n’est pas le fruit du hasard. Le fondateur des Five Percenters était initialement membre de l’organisation qui a vu éclore Malcom X et Muhammad Ali.
Harlem devient la Mecque, Brookyn Médine, le New Jersey le New Jerusalem, Dallas le Soudan…
Lorsque Clarence 13X (« The Father ») fonde la Nation des Dieux et des Terres en 1964 à Harlem, cela fait quelques années qu’il a quitté la Nation Of Islam. Si les circonstances de son départ ne sont pas entièrement connues, la raison principale repose sur le fait que Clarence Smith ne reconnaissait pas en Wallace Fard Muhammad (le fondateur du la NOI) la réincarnation terrestre d’Allah. Selon lui, Dieu (« G ») est l’homme originel, personnifié en chacun sur cette terre – et surtout pas cette entité abstraite à laquelle se soumettent les croyants. Il est important de noter que dans les deux cas, ces organisations sont considérées pour des raisons évidentes comme hérétiques par les musulmans. Chacune s’attachant à sa manière à une vision romantique de l’islam, vu comme une religion en rupture avec l’ordre WASP et l’impérialisme occidentale (a contrario de la France où l’islam signifie avant tout un retour aux sources).
Les Five Percenters ne se définissent d’ailleurs pas comme musulmans, même si selon eux le monde a été créé par Allah et qu’in fine chacun est intrinsèquement musulman. Une des idées centrales du dogme repose sur le pouvoir de l’individu à dégager ce que les textes veulent « réellement » dire (bien loin de toute interprétation littérale d’un texte dicté par un dieu donc). Ainsi il existe une tolérance face à l’alcool et au tabac, car les membres de la NGE sont en mesure de se gouverner eux-mêmes, sans se soumettre à personne d’autre. C’est ainsi que l’on verra Rakim (alias Rakim Allah) faire de la pub pour la liqueur Hennessy. Les Five ne se considèrent d’ailleurs pas non plus comme une religion. Ils assimilent leurs croyances et pratiques à un mode de vie.
Un chemin qui te conduit vers l’islam… tout en passant par les Amériques… une sorte de merde israélite de 5 Pourcents - Roi Heenok
Cette espèce de bouddhisme urbain n’est cependant pas exempt de controverses, notamment à cause de son racialisme. La NGE soutient une relecture de l’Histoire de L’humanité très afrocentrée, reprenant l’idée que les Pharaons étaient des rois noirs avant d’être détruits par l’Occident qui s’efforce depuis à masquer cette « réalité ». L’homme originel serait également noir et asiatique. La race blanche, « la race des diables », aurait été créée par le scientifique noir Yacub il y a plusieurs milliers d’années. On comprend le potentiel de séduction d’un tel discours auprès d’une classe noire acculturée sujette à une crise raciale et sociale permanente. Pour la véracité historique par contre il faudra repasser.

La Allah School In Mecca sur la Septième Avenue de Harlem
Les femmes, malgré leur statut de « Reines » sont cantonnées à la sphère privée. Aucune responsabilité ne peut leur échouer au sein de l’organisation. Si les hommes sont tous des G, elles doivent se contenter du statut de « Terres ». Plus grave, certains états américains cataloguent l’organisation comme un gang. La faute à un circuit de conversion qui s’appuie beaucoup sur les prisons. L’exemple le plus frappant de cette gangrène reste celui de la Supreme Team qui régna sur le trafic de drogue à New York dans les années 90. Kelvin « Shameek Allah » Martin (le personnage qui a donné son nom à 50 cent) clamait ainsi son allégeance à la Nation. Ces agissements restent néanmoins assez anecdotiques même s‘ils contribuent à la réputation sulfureuse des Five Percenters.
Word is bond, break it down, peace, represent… L’argot des 5 est partout dans le rap
Répondant à une problématique fondamentalement américaine, les Five n’ont jamais traversé l’Atlantique. Quelques rimes subsistent ça et là dans les textes de rap, reprenant l’ésotérisme et le folklore de l’univers des 5, sans nécessairement y adhérer. Les théories communautaristes basées sur la race n’ont jamais vraiment eu le vent en poupe en France. Et tant mieux car quand dans leur classique « Retour aux pyramides » les X-Mens balancent « Où est mon trône ? (…) Nique les clones », on tombe bien vite dans un discours bien loin d’être œcuménique et rassembleur…

Le salam aleikum des Five Percenters
Aurélien
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Une partie des sources :
- L’article du magazine Snatch d’Octobre - Novembre 2010 « À la recherche de la secte des ghettos »
- The Meaning Of The 5% - Hip Hop Wired
- Les 5 Pourcents décryptés par le Roi Heenok
- Le rapport du FBI sur les Five Percenters
- The Nation of the Gods & Earths Harvest in Allah’s Garden, un docu
Fort intéressant
intéressant mais je pense que tu ( l’on) manques de beaucoup d’informations.
Je ne crois pas les 5% sont assez ouverts sur le monde, preuve avec les liens mentionnés plus haut. Enfin si t’as des confidences maçonniques à faire Gipiji, hésite pas
Par contre les premières dynasties de pharaons étaient bien noires. Ce n’est pas de l’histoire revisitée, c’est de l’histoire tout court.
En disant cela, je ne dis rien de nouveau car cette vérité a été démontrée de manière sure et certaine depuis le colloque international d’égyptologie organisé par L’UNESCO au Caire (Égypte actuelle) en 1974, soit depuis environ 40 ans.
Cette vérité sur la négritude de la civilisation pharaonique est sue de manière officielle par toute la communauté scientifique depuis environ 40 ans, même si elle se plait encore à mentir officiellement sur la question de la civilisation pharaonique pour des besoins qui n’ont rien à avoir avec la science ou avec la vérité. Il s’agit juste de connaitre sa propre histoire avant que d’autres ne l’écrivent pour nous, mais bon… revenons donc à la musique.
Cet article est très édifiant, pour moi. Vous venez de tirer au clair une phrase d’ALI de LUNATIC dans la chanson « avertisseurs », que je n’avais jamais compris (car je n’avais aucune connaissance de l’existence de ce groupuscule). Quand il dit « …jusqu’à nos corps, mon bras, jambe, jambe, bras, tête… ». Je me suis toujours demandé pourquoi citer précisément ces membres là… qu’est ce qu’il veut dire ?!… Maintenant j’ai compris, merci beaucoup.
Salut Jaaz,
Je suis pas un expert sur ce point, je ne dis pas que c’est faux, mais tu m’accorderas que les 5 ont une vision très afro-centrée de l’Histoire. Noirs ou pas, je ne vois ce que ça change de toute façon. Je ne pense pas même pas que les mecs devaient s’en soucier.
Merci pour ton commentaire.
Je pense au contraire que les mecs s’en souciaient et s’en soucis toujours d’ailleurs. Dans un Monde et surtout une Amerique ou les noirs sont bien souvent representés de maniere degradante, insister sur l’Afrocenticité de l’Histoire est absolument necessaire. On dit bien « pour savoir ou tu vas tu dois savoir d’ou tu viens » or la majorité du peuple noir aux USA vit dans des conditions deplorable avec tres souvent peu de chance d’en sortir, rappeler au peuple que son histoire ne commence pas a l’esclavage est indispensable.
Tom article n’en reste pas moins interessant mais je pense que ce sont des choses a souligner
Salut Mae,
Sans avoir un avis très tranché sur la question, je ne vois pas l’intérêt de rattacher les noirs américains à l’Afrique. Il sont américains, leur histoire c’est celle de l’Amérique, point. Considérer les gens en fonction de leur couleur est toujours un brin pernicieux (communautarisme, victimisation…). On vient bien que chez les 5, cet afrocentrisme est romancé et offre à une communauté un discours complaisant, une relecture fantasmé de l’Histoire.
À trop fixer le rétroviseur, on en oublie où on est et où on va. Les origines raciales ne déterminent pas les individus.
Petite précision quand j’écris « Je ne pense pas même pas que les mecs devaient s’en soucier » => je parle des pharaons.
++
Aurélien